Les Chroniques de Lucullus n°690

Écrit par Lucullus. Publié dans Les chroniques.

Amis gourmands bonjour,

Gérer les PFAS et les boues d'épuration
Le boues d'épuration contiennent bien souvent des polluants éternels appelés PFAS(*) et les utiliser comme fertilisants dans l'agriculture revient à contaminer les sols et les ressources en eau.

La France vient de se doter d'un cadre juridique relatif à la gestion des boues d'épuration. Le 9 avril dernier une circulaire a été signée par les ministères de la transition écologique et de la santé. Elle met en place un programme de mesures de la concentration de PFAS dans les boues. A cela s'ajoute un cadre de gestion de la qualité des sols. Ces mesures viennent compléter les mesures prises pour tester certaines molécules dans l'eau du robinet.

Le gouvernement a réagi à la publication d'une enquête de France 3 et de Disclose publiée en février qui avait révélé des taux records de PFAS dans des sols agricoles de la Meuse et des Ardennes montrant que les boues issues des eaux usées constituaient un angle mort de la prévention. Les services de l’État avaintt déjà interdit la consommation de l'eau du robinet dans une dizaine de communes de ces départements.

La circulaire est d'importance car 86 % des boues sont épandues sur les terres agricoles concernées, selon le cabinet de Mathieu Lefévre, ministre délégué chargé de la Transition écologique.

Les préfets devront prendre des arrêtés afin de mettre en œuvre la circulaire en obligeant les gestionnaires de stations d'épuration à procéder à une campagne de mesure des PFAS et pour une durée d'un an. Cela concerne les boues destinées à une valorisation agricole, que ce soit l'épandage comme fertilisant, le compostage ou la méthanisation. Les gestionnaires devront publier trimestriellement leurs résultats.

Les gestionnaires de stations d'épuration devront également effectuer des mesures sur les parcelles sur lesquelles il y a eu des épandages durant les cinq dernières années et cela conformément à une directive européenne de 2025.

Je cite :
"Les mesures concernent la concentration de 52 PFAS dont le TFA(*). La teneur en PFAS ne devra pas excéder un seuil de 400 microgrammes par kilogramme de matière sèche pour la somme de 22 d'entre eux et 40 microgrammes par kg pour la somme de six de ces 22 PFAS. En cas de dépassement des valeurs les boues seront considérer comme impropre à leur utilisation en milieu agricole et devront être stockées en vue de leur incinération" .

Sur recommandation d'un rapport conjoint de l'IGEDD (Inspection générale de l'environnement et du développement durable) et du CGAAER (Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux), les normes retenues sont celle de la Wallonie

Véolia, géant des services à l'environnement indique avoir lancé à l'été 2025, une campagne d'analyses exploratoires couvrant 32 % de la production nationale. Le groupe indique que : "Conduite dans des laboratoires spécialisés et indépendants, cette campagne révèle que 97 % des flux analysés sont conformes en moyenne aux seuils fixés par la circulaire ministérielle".

(*)PFAS : Substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (SPFA), Connues sous le sigle ou l'acronyme PFAS (pour l'anglais per- and polyfluoroalkyl substances).
(*)TFA : Acide trifluoroacétique

Source : Terre-net, Wikipédia

Compromis européen sur les NGT
le 21 avril 2026 le Conseil de l'Union européenne(*) a adopté un compromis final relatif aux nouvelles techniques génomiques ou NGT. Le vote en faveur du compromis a été obtenu malgré 6 votes contre (Autriche, Croatie, Hongrie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie) et trois abstentions (Allemagne, Belgique, Bulgarie). Le parlement européen se prononcera courant mai pour ou contre la validation de ce compromis.

Le conseil de l'UE maintient la distinction de deux catégories de plantes NGT.
Je cite :
- Les végétaux dits de catégorie 1 (NGT-1), considérés « comme équivalents aux végétaux obtenus de manière conventionnelle. Leur statut sera vérifié par les autorités nationales, mais leur descendance ne sera pas soumise à des contrôles supplémentaires. Certains caractères, notamment la tolérance aux herbicides et la production de substances insecticides connues, sont exclus de ce groupe ».

- Les végétaux dits de catégorie 2 (NGT-2), présentant « des modifications génétiques plus complexes. Celles-ci restent soumises à la législation européenne existante sur les OGM, y compris les exigences d’autorisation, de traçabilité et d’étiquetage obligatoire. Les États membres peuvent choisir de ne pas autoriser la culture de plantes NGT-2 sur leur territoire et peuvent introduire des mesures de coexistence afin d’éviter leur présence involontaire dans d’autres produits

Le texte introduit de nouvelles mesures de transparence sur les brevets même si les règles continuent d'être gérées par la directive européenne sur les biotechnologies.
Je cite :
"Les développeurs de plantes NGT-1 devront fournir des informations sur les brevets dans une base de données publique et pourront indiquer volontairement leurs intentions en matière de licences à des conditions équitables."

Toujours d'après ce texte, la Commission devra, je cite :
"publier, dans un délai d'un an après l'entrée en vigueur du règlement, une étude sur les effets du brevetage sur l'innovation, la disposition des semences et la compétitivité du secteur, et de proposer, si nécessaire, des actions de suivi".

Une fois adopté par le Parlement européen le règlement entrera en vigueur 2 jours après sa publication au Journal officiel de l'Union européenne. Une période de transition de 24 mois devra permettre l'adoption des règles d'application pour une application définitive mi-2028.

(*) Conseil de l'Union européenne : Il est composé de ministres nationaux compétents dans les sujets abordés. A ne pas confondre avec le Conseil européen composé des 27 chefs d’État, du président du Conseil européen et du président de la commission européenne.

Source : Terre-net / Sophie Guyomard , Wikipedia 

Baisse du prix des bovins
Hausse du prix du bœuf et de l'énergie font que le consommateur a réduit ses achats de viande de bœuf. Mécaniquement le prix de vente des animaux baisse ce qui inquiète les éleveurs. Pour autant les abattoirs qui se plaignent de la conjoncture se veulent rassurants sur la tendance à moyen terme.

Le prix moyen pondéré des gros bovins "entrée abattoir", calculé par FranceAgriMer a perdu 23 centimes en 4 semaines.
En 2023 les prix avaient chuté mais depuis il y a eu des hausses et des reconductions de prix. C'est pourquoi la baisse d'avril a été cruellement ressentie par les éleveurs alors même que le prix reste 18,5 % supérieur à celui d'avril 2025 à la date.

La baisse atteint 20 centimes pour les bovins R(*) et 28 centimes sur les jeunes bovins R(*) mais là aussi les prix restent supérieurs à ceux de l'année dernière à la même date (+19 % pour les premiers et 15,2 % pour les seconds).

Selon le panel de Kantar, publié par FranceAgriMer, la baisse s'explique par une baisse de 9,9 % des achats pour la viande bovine fraîche hors élaborés alors que les prix ont augmenté de 12,6 %. Ce panel a été contesté par la Fédération Nationale Bovine ce qui a amené FranceAgriMer à cesser sa publication. Depuis la méthodologie Katar a été modifiée ce qui permet à FranceAgriMer de reprendre la publication. Celle ci confirme le glissement de consommation vers la viande de porc (+4,4%) car les prix de vente sont 2,3 fois inférieurs à celui de la viande bovine.

Les calculs de l'Idele(*) montrent pourtant que la part consommable en France de la production augmente de 4 %. Toutefois, une partie de cette viande peut être stockée même si les capacités de stockage ne sont pas illimitées.

La restauration est pour partie responsable de cette situation. Alors que les grandes marques de fast-food mettent en avant l''origine française de leur viande, elles proposent des burgers au poulet depuis le début de l'année afin de juguler les effets de l'inflation. La restauration à table voit la consommation de viande bovine baisser de 4,4 %.

Seule la restauration ethnique voit sa consommation augmenter. Je cite :
"Seule la restauration rapide ethnique a le vent en poupe (kebab, restauration asiatique, street-food coréennes, tacos, et poulet crousty), des enseignes qui ne font pas la part belle au bœuf, encore moins français."

L'Europe est-elle touchée par le phénomène ?
Tout à fait, l'Espagne et la Pologne ont été frappées dès le début de la guerre USA-Iran en perdant des débouchés à l'export. La baisse a aussi été sensible en Allemagne ce qui a provoqué une concurrence accrue sur les exportations françaises.

La baisse est-elle durable ?
Selon Patrick Bénézit, dirigeant de la FNB (*) je cite :
- "Cette baisse est liée à la volonté générale « des abatteurs de mettre la pression, pour réétalonner les prix de la viande, alors que le manque va encore grandir"
- "les opérateurs du milieu de la filière ont l’intention de se faire payer l’augmentation de leurs charges depuis le début de la guerre en Iran par les éleveurs".

Conclusion et perspective :
Avec une augmentation de la demande début mai, il ressort que cette baisse serait provisoire même si très impactante dans l'immédiat. Les prix devraient se réajuster sur le niveau de fin 2025.

(*) Bovin R :
La classification européenne des carcasses bovines évalue spécifiquement le développement musculaire, autrement appelé conformation, de l'animal, et non son sexe ou son âge. Les lettres de cette échelle sont :
- E : Excellente
- U : Très bonne
- R : Bonne
- O : Assez bonne
- P : Médiocre

(*) Idele : Institut de l'élevage
(*) FNB : Fédération Nationale Bovine

Source : Réussir / Virginie Pinson 

Epizootie FCO-3
Il n'y a pas que la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) qui touche les élevages bovins. La FCO-3(*) a atteint la France en 2024 après être apparue au Pays-Bas en septembre 2023.

C'est la cas pour Wouter de Praeter, éleveur de charolaises et de Blanc-Bleu en Mayenne. La maladie a déjà perturbé deux campagnes de vêlage. Chez lui la FCO-3 est apparue à l'automne 2024 et depuis il enchaîne les soucis sanitaires.

Il a bien cherché à vacciner ses bêtes mais il pense que la maladie est arrivée dans son cheptel en même temps que les vaccins. "Je ne le savais pas, mais je pense que j’ai vacciné des animaux porteurs" explique l'éleveur.
Les résultats sont terribles. La FCO-3 a emporté la moitié des veaux. Seuls 13 veaux sur 25 ont survécu.

Les symptômes et conséquences sont variables selon les races de bovins.
Chez les Wouter de Praeter, des Blanc Bleu avaient des pointes de température à plus de 41°C qui provoquaient des avortements. Si chez les Charolaises les vêlages se passaient assez bien les vaches étaient sèches, sans mamelles et ne pouvaient nourrir leurs veaux qui n'avaient pas d'immunité.

Si au printemps 2025 la situation semblait s'améliorer, à l'été ce fut particulièrement compliqué. Je cite :
"J’ai avancé le rappel au mois de juin, soit huit mois après la première injection, et j’en ai profité pour vacciner contre la FCO-8(*) et la MHE(*). Mais je pense que les bêtes ont chopé la maladie autour du moment où je vaccinais"
Ces contaminations sont à l'origine de nombreux avortements ou de coulages ( fausse couche)

Perspectives pour 2026 :
L'éleveur a fait tester ses taureaux pour vérifier leur capacité reproductive. Il a vacciné l'ensemble de son cheptel pour les FCO-3 et 8 mais hésite pour la MHE du fait des coûts importants et du peu de cas en 2025. A la vaccination s'ajoute une désinfection toutes les 3 semaines mais cela pose également des questions, je cite :
"Je fais un passage de désinsectisation toutes les trois semaines. À terme, je vais essayer d’alterner le chimique avec des méthodes plus naturelles, parce que je ne suis pas spécialement fan de ce type de produits. Il ne faudrait pas créer de résistances… Nous sommes sur un équilibre difficile à trouver".

Financièrement la partie n'est pas gagnée. Si l'éleveur a réformé des vaches vides pour pouvoir en acheter des pleines, le coût entre 3 500 et 4 000€ par bête impacte fortement la trésorerie de l'exploitation. Au final ce sera entre 7 et 8 vêlages de moins cette année.

La Ferme de Praeter en chiffres :
30 vêlages en Blanc Bleu
35 vêlages en Charolais
Double période de vêlages en Charolais, et vêlage toute l’année avec IA et transplantation embryonnaire en Blanc Bleu
Vente de broutards Charolais et de reproducteurs en Blanc Bleu

(*) FCO-3 : Fièvre Catarrhale Ovine sérotype 3 présente en France depuis 2024
(*)FCO-8 : Fièvre Catarrhale Ovine sérotype 8 présente en France depuis 2015
(*)MHE : Maladie Hémoragique Epizootique détectée en France depuis septembre 2023

Source : Web-agri / Alice Peucelle 

Sur ces quelques mots je vous dis à bientôt
Gastronomiquement Votre, Lucullus

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