Les Chroniques de Lucullus n°688

Publié dans Les chroniques.

Amis gourmands bonjour,

Fast food, gaspillage alimentaire et écologie
Le gaspillage alimentaire est une véritable plaie financière et écologique.
Les établissements de restauration rapide n’échappent pas aux nouvelles réglementations concernant la vaisselle à usage unique ou les emballages de même nature.

Point sur la réglementation liée au Code de l’Environnement :
Les articles sus-cités obligent les producteurs, importateurs ou metteurs sur le marché à prendre en charge la gestion de la fin de vie de certains produits notamment des emballages. Le but selon l’art 541-1 est de réduire de moitié le gaspillage alimentaire.

Les obligations s’inscrivent dans le dispositif de Responsabilité Élargie du Producteur ou (REP), article 541-10 et suivants du code de l’environnement (CE).
• Art 541-21-1 du CE : Obligation du tri à la source des bio-déchets pour valoriser les déchets alimentaires.
• Art 541-21-2 du CE : Règle dit des 7 flux relatif au tri des déchets à la source (papier-carton, métal, plastique, verre, bois, textile, fraction minérale)

Ces articles obligent les producteurs, importateurs ou metteurs sur le marché à prendre en charge la gestion de la fin de vie de certains produits notamment des emballages. Le but selon l’art 541-1 est de réduire de moitié le gaspillage alimentaire.

Depuis le 01 janvier 2023 l’article D541-342 fait obligation d’utiliser de la vaisselle réemployable dans les établissements de restauration rapide disposant d’au moins 20 places assises. Cela concerne les gobelets et couvercles, les couverts et les récipients.

Futures obligations européennes :
Règlement UE 2025-40 relatif au PPWR (Packaging and packaging Waste Regulation)
• Vise à réduire les déchets d’emballage et à développer le réemploi. Entré en vigueur le 11 février 2025 il ne sera en application le 12 août 2026.
• l’Article 32 impose aux opérateurs de proposer des solutions d’emballage réemployable. Applicable à partir du 21 février 2028.
• Art 33 concernant le BYO (Bring Your Own) permettra aux consommateurs d’apporter leur propre contenant. Entrée en vigueur à partir du 12 février 2027).
• Art 25 et son annexe V interdiront à partir de 2030 l’usage de certains emballages plastiques à usage unique. Cela concerne notamment les sachets individuels de sauces ou de condiments.
Pour le 12 février 2027, la Commission Européenne doit publier des lignes directrices pour définir, les définitions, les périmètres et éventuellement des exemptions.

Compétitivité des exploitations grandes cultures et d’élevages françaises
Les grandes cultures désignent principalement la production agricole des trois grandes familles de végétaux, à savoir, les céréales (blé, orge, maïs...), les oléagineux (colza tournesol...)et les protéagineux (féveroles, lupin…).

Le CGAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) vient de rendre un rapport comparatif entre les exploitations grandes cultures roumaines, allemandes, polonaises et françaises. Rapport rédigé par Anne Dufour et Alessandra Kirsch.

Depuis des années il est dit que les exploitations des pays de l’Est font mieux que les françaises. Il n’en est rien. Les fermes françaises de grandes cultures obtiennent de meilleurs résultats notamment par rapport aux roumaines indique le rapport. Pour autant, nos exploitations sont vulnérables à la hausse du coût des intrants et la situation dans les pays du Golfe arabique provoque une forte hausse de ceux-ci.

Il faut rappeler que la balance commerciale agricole française perd régulièrement des parts de marché ces dernières années. Le rapport identifie les facteurs pesant sur la rentabilité et les catégories de dimension économique les plus efficientes en prenant en compte les critères suivants : surfaces cultivables, produit brut par hectare, charges, travail. Pour contextualiser l’étude, l’analyse a été menée à partir des chiffres de 2021, année relativement classique en termes de prix, avec une analyse rétrospective (2018 – 2022).

Le rapport différencie les types de productions (grandes cultures, bovins lait et volaille de chair).
Pour les céréales et les oléoprotéagineux, sur une moyenne de 5 ans, la France est en tête des exportations devant l’Allemagne, la Roumanie et la Pologne. Pour autant la Roumanie a dépassé la France pour la campagne 2024/2025.

Je cite l’article reprenant le même le rapport :
"En France, la plus grande partie de la production est réalisée par la classe d’exploitations dont le PBS(*) compris entre 100 et 500 k€. Dans le rapport, elle est divisée en deux classes (100 < 250 k€ et 250 – 500 k€). On constate ainsi qu’en 2021, - les exploitations céréalières françaises ont généré un EBE(*) et un RCAI(*) supérieur à celui de leurs homologues allemandes, dans les deux classes considérées, mais très inférieur à celui des exploitations roumaines -, indique le CGAAER".

Pour la production à l'hectare, les exploitations françaises sont autant productives que les allemandes et nettement plus que le roumaines à dimension économique égale. La France se distingue dans la maîtrise des coûts spécifiques à la gestion des cultures, celles des intrants étant plus judicieuse, comparativement à l'Allemagne.
Je cite le rapport :
"Les exploitations françaises maximisent le produit des cultures pour compenser des surfaces réduites qui ne permettent pas d’écraser des charges fixes élevées .../... À l’avenir, la diminution des intrants pèsera plus fortement en France que dans des systèmes moins intensifs "
Le rapport préconise aux politiques publiques d'encourager l'extensification des systèmes.

Coût du travail
Dans le comparatif la Roumanie possède un gros avantage en terme de coût du travail. De fait, la France privilégie plus l'externalisation des travaux que le salariat.

Aide à la production
Là aussi les situations sont disparates. Je cite :
• Pour les exploitations de la classe 100-250 k€, la part des aides directes dans la production atteint 14 % en France, quand elle monte à 20 % en Allemagne, et 18 % en Roumanie.
• Pour les exploitations de la classe 250 – 500 k€, ce ratio est de 13 % en France, de 18 % en Allemagne et de 17 % en Roumanie.

Entre 250 et 344 ha les exploitations françaises sont plus performantes. Le niveau d'exploitation est meilleur en Allemagne mais l'ensemble des charges et le coût des fermages rend l'EBE(*) et l'UTANS(*) plus faible.

Si les résultats roumains sont meilleurs cela vient du fait que la majorité du travail est effectué par des salariés et non par des sous-traitants et donc le rapport EBE/UTANS est meilleur.

L'agriculture de conservation des sols, pour ou contre ?
Je cite :
Le modèle roumain sera « moins sensible aux aléas du marché et aux contraintes environnementales en raison d’une gestion plus extensive rendue possible par de grandes surfaces par exploitation et un faible coût de la main-d’œuvre », précise le rapport.

(*) PBS : produit brut standard
(*) EBE :excédent brut d'exploitation
(*) RCAI :revenu disponible et coût de revient
(*) UTANS :unité de travail non salarié

Source : Terre-net/Delphine Jeanne

Déficit de la production laitière à 10 ans
D'ici à 2034 la progression de la consommation devrait être de l'ordre de 21 %. La France pourrait tirer son épingle du jeu.

Selon Jean-Marc Chaumet, économiste au CNIEL(*), la production mondiale de lait devrait cette année dépasser le milliard de tonnes et continuer sur sa lancée.

Pour autant le risque de pénurie existe car selon l'OCDE(*) et la FAO(*) la consommation mondiale devrait augmenter de 21 %. En cause essentiellement la croissance démographique. La population terrestre devrait atteindre entre 8 et 8,8 milliards de personnes d'ici 2035. la hausse, +35 % serait portée par l'augmentation du niveau de vie des pays émergents ainsi que par l'évolution des régimes alimentaires (+21 % le lait, +18 beurre, +10 % le fromage). A contrario l'augmentation ne serait que de +0,5 % dans les pays développés.

Cette croissance s'explique par le fait que l’autosuffisance asiatique n'était que de 92 % en 2024 et de 86 % pour l'Afrique. Ces pays auront recours à l'importation massive de produits laitiers, dont les conditions climatiques de certaines régions ne favorisent pas l'élevage laitier.

Une offre insuffisante des grands bassins laitiers :
Les grands organismes analystes mettent en avant le risque de "demande insatisfaite" au niveau mondial. Rabobank (banque coopérative à mission) estime le déficit à 20 Mt en 2035, l'IFCN(*) l'estime à 31 Mt d'ici 2040.

Les meilleures perspectives viennent des USA. Rabobank attend une hausse de 19Mt entre 2023 et 2035. par contre les perspectives sont plus sombres en Nouvelles-Zélande du fait des changements climatiques et des exigences gouvernementales liées aux émissions à effet de serre. Selon l'IFCN(*) le pays ne devrait plus être moteur de croissance et anticipe une baisse de 9 % de la production d'ici 2035. En Amérique-de-Sud la production devrait rester stable et ou peu progresser.

Union européenne :
Selon Rabobank, le recul serait dû à la fin des dérogations de la directive Nitrate en Irlande et au Danemark, d'un plan de cessation d'activité aux Pays-Bas afin de réduire les émissions d'azote, de nouvelles réglementations sur le bien-être animal en Allemagne. Le recul est estimé à 7 Mt d'ici 2035 pour les pays cités.

La Commission européenne prévoit une baisse de 0,2 % entre 2024 et 2035. Baisse envisagée à travers le recul du cheptel de 1 % que les augmentations de rendement ne pourraient compenser.

France :
l'IFCN(*) estime le recul à 1,7 Mt entre 2023 et 2030. Jean-Marc Chaumet, veut nuancer les estimations. Selon lui je cite :
"D’abord parce que la pression environnementale (contraintes sur les nitrates, les phosphates, l’ammoniac et les émissions de gaz à effet de serre) est moins forte que chez nos voisins d’Europe du Nord.
Aussi parce que la problématique démographique dans les exploitations laitières pourrait s’améliorer si le rythme actuel d’installations se maintient : même si les départs en retraite s’annoncent importants d’ici à 2030, la part des moins de quarante ans pourrait augmenter dans les années à venir" .

La France dispose d'autres atouts comme la transformation des exploitations avec l'installation de robots, la progression du salariat et l'agrandissement des structures. La production française peut aussi s'appuyer sur la consommation intérieure qui n'a pas diminué malgré l'inflation.
Selon l'économiste : "Les volumes de produits laitiers consommés, mesurés en équivalent-lait, se maintiennent voire progressent, les ventes au détail de fromages et de crème affichent des hausses depuis 2019 et celles d'ultra-frais ont rebondi en 2025".

* CNIEL : Centre national interprofessionnel de l'économie laitière
* OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques)
* FAO : Food and Agriculture Organization
* IFCN : Instituto da Florestas e Conservaçao da Natureza

Source : web-agri/Laure Sauvage ; CNIEL

Sur ces quelques mots je vous dis à bientôt
Gastronomiquement Votre, Lucullus

Commentaire (0) Clics: 0